09/02/2010

PP | L'amour en cage

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Physalis, ou coqueret qu'elle s'appelle cette fleur, gonflée comme une vessie —en grec: φυσαλις. Car c'est une fleur, d'une soixantaine de centimètres, dont les fruits ressemblent à des cerises enfermées dans des cages à l'apparence de lampions de Venise. On ne voit la graine qu'à l'hiver venu, lorsque ce calice qui la ceint se dessèche comme un vieux parchemin laissant apparaître sa dentelle membraneuse, grillagée comme un voile de burqa.
On la nomme également "l'amour en cage".

08/02/2010

PP | les buvards ne sècheront pas nos larmes

buvard.jpgDans les tiroirs de la commode Louis XV, alors que notre mère somnolait, nous cherchions, une de mes sœurs et moi, de vieux papiers. Il y avait là tous le chapelet d'une vie, des lettres de ses enfants aux clichés radiologiques, des recettes de cuisine aux vieux livres de jardinage, des contrats d'assurance aux relevés de banque, tout ce que l'on conserve pour un instant puis qu'on oublie dans l'entassement de documents plus récents qui masquent les anciens. Il y avait même, perdue sous le fatras des papiers jaunis et rongés par le temps et les souris, une pince au clic de coupe-ongle dont se servait mon père lorsque, le dimanche matin, il s'amusait, sans illusion, à encocher des bulletins de PMU. Il ne connaissait rien aux courses, mais l'idée, un jour, lui prit d'y jouer; quelques confettis de ces tickets caressaient le fond d'un tiroir comme autant d'espoir de fortune évaporée dans l'oubli.
Des lettres d'Amérique parlaient de ce grand-père que je ne connus pas, côtoyant la photo du mariage de son fils —qu'il était maigre mon père au retour du camp— avec celle qui devint ma mère. Il n'y figurait pas, mais d'autres visages, fiers et riants, disparus pour l'essentiel, moustaches arrogantes qui nous défiaient de leur lointaine destinée. Costumes d'une autre époque, celle de l'immédiate après-guerre, où la vie semblait respirer le parfum du muguet. La plupart de ces visages m'étaient familiers, hormis un profil dont il me semblait connaître les traits. Mon père m'avait dit qu'il assista à son mariage, cet ami de jeunesse qui lui adressait quelques cartes lors de sa captivité dans les stalags de Compiègne. Je les ai conservées. Elles sont signées Jean Cau. Etait-ce le même? Le profil répondait par l'affirmative, mais les traits d'une jeunesse souriante se flétrissent si vite sous la hâte du temps. Et qu'importe après tout qu'ils ne se soient jamais revus, l'amitié d'un instant unit pour l'éternité les cœurs qui se sont un jour rencontrés.
D'autres cartes, d'autres lettres, d'autres souvenirs s'étalèrent sous nos yeux affamés. Les mots tendres sous le cœur dessiné pour la fête des mères, classés, empilés; "maman chérie, je te promets d'être sage toute l'année et de bien travailler à l'école". Ils avaient un don certain pour entonner des promesses, mes frères et sœurs. Les tinrent-ils? A vrai dire je ne m'en suis jamais préoccupé ayant, pour mon propre compte, suffisamment de labeur en ce domaine. Mais une mère reste attentive à chacun de ses enfants et ces bonnes intentions dévoilées chaque année suffisaient à sa joie de savoir que, malgré tout, de nombreuses entorses lui permettraient de montrer sa tendresse. C'est si insignifiant un enfant trop sage.
Sous des buvards publicitaires, vantant le bien être obtenu grâce à l'électricité, quelques lettres envoyées au cours de voyages décrivaient les lieux que nous avions connus. Bord de mer ou de montagne, ville ou campagne, elles commençaient toutes, à peu près, de la même manière, chacun s'excusant d'avoir mis tant de temps pour donner des nouvelles, espérant que l'inquiétude ne dévorât pas d'angoisse les cœurs dans l'attente. Mais tout allait bien, sauf quelques grains de sable dans les yeux ou des chutes dans la neige des pistes. Rien de grave, et cela seul importait sans doute dans la joie de déchiffrer l'écriture chérie aux fautes puériles. J'ai replié les lettres et après que ma sœur ait nettoyé la poussière du tiroir, les ai remises à leur place pour un autre jour, certainement moins serein.
Mais j'ai pris les buvards. Je ne sais trop pourquoi, qui se sert encore d'un stylo encre pour écrire? Et je me suis dit que les enfants de demain seront tristes, penauds devant le vide du temps. Il ne restera rien, nulle trace de leur jeunesse, scribes hâtifs dont les mots seront enfouis dans le sable du virtuel. Quelques phrases essaimées au hasard d'un téléphone portable, d'une messagerie électronique, à jamais disparues. Mots sans suite égrenés dans l'urgence, allant à l'essentiel, ne décrivant rien mais gommant tout. Pas mieux qu'un appel téléphonique voué au néant dès le combiné raccroché.
Les commodes, demain, ne recèleront plus ces trésors qui font pétiller le regard avant que ne coulent des larmes de tendresse. Comme c'est dommage, vous ne savez pas encore, enfants d'aujourd'hui, ce que vous regretterez demain. Vous ne le saurez sans doute jamais, éperdus dans cette course vers la vacuité, jalonnée pourtant de tant de désirs comme autant de gommes du souvenir. Et que fais-je moi-même en délaissant mon Meisterstuck noir si longuement caressé pour un clavier si blanc d'absence?
Je participe, également, à la déliquescence d'une société qui court vers l'éphémère. Les buvards ne sècheront pas même nos larmes. Une civilisation qui sombre dans l'oralité n'est que météorite s'évanouissant dans l'infini de l'oubli.

04/02/2010

PP | Réponse au lance-flammes

J'exècre au plus haut degré ces tyranneaux de périphérie, ces seconds couteaux qui se croient des sabres zébrant l'espace de leur vaine colère, méprisant leur interlocuteur, le blessant de paroles dédaigneuses, car ils savent que l'autre ne saura ou ne pourra répliquer. Confiants dans leur pouvoir passager, ils assassinent en public celui ou celle qui n'a pas l'heur de leur plaire. Tristes personnages dont la superbe s'émousse face aux talents oratoires de contradicteurs mieux armés pour ce faire ou ne craignant rien à leur répondre tel qu'on les agresse.
Sarkozy avait montré l'exemple, déjà, alors qu'il était ministre de l'intérieur, lorsqu'il fustigea, tel un petit contremaître, en février 2003 (voir ici) un commissaire de police, à Toulouse, devant toutes les caméras des télévisions de France. Il récidiva à l'encontre de Joffrin lors d'une conférence de presse relativement récente (voir ici).
Bertrand, que les questions de Nicolas Totet, journaliste du Courrier Picard et dont le moins qu'on puisse dire est qu'il fut déstabilisé n'ayant, à l'évidence, pas la parole facile —et ce n'est en rien un défaut dont un homme ayant un soupçon d'humanité ne devrait tirer profit— Bertrand, donc, aux questions de Nicolas Totet, n'étant pas de son goût, n'apporta aucune réponse, utilisant sa verve comme un lance-flammes pour carboniser le malheureux.
Il est toujours facile de montrer sa hargne, mais c'est loin de l'intelligence. Le premier chiot venu sait le faire. Un judicieux coup de pied dans l'arrière-train lui apprend le savoir vivre.
C'est ce qu'aurait dû faire Nicolas Toutet, garder le silence face aux insultes puis reprendre la parole en insistant sur le fait que le secrétaire de l'UMP ne répondait en rien à ses questions, quitte à les lui reposer, avec le même sourire que le faussement outragé bouffi de prétention.

Réponse du rédacteur en chef: ICI


Débat musclé entre Xavier Bertrand et un journaliste
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